mardi  07 septembre 2010 04:07 nl

Manger coûtera bientôt encore plus cher

BUDGET

Les matières premières utilisées dans la production alimentaire s’extraient rapidement de l’ornière dans laquelle elles avaient atterri début 2009. Le FMI prévoit que le redressement économique impliquera que les niveaux record de 2008 soient à nouveau rapidement atteints. Une nouvelle crise alimentaire est envisageable. Et le cas échéant, le consommateur en sera davantage affecté qu’il ne l’a été par les légères baisses de prix mises en œuvre après l’inflation négative.

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(mon argent) - Il y a plus de deux ans, le qualificatif "alimentaire" fut ajouté au terme "crise", qui figurait déjà, pour sa part, dans une longue liste aux côtés d’autres adjectifs. Le prix des céréales avait atteint des sommets, les produits laitiers n’avaient jamais été aussi chers et, détail qui a son importance, le baril de pétrole brut coûtait pas moins de 147 dollars en juillet 2008. A l’époque, tout le monde évoquait la "sécurité alimentaire", l’admissibilité des aliments génétiquement modifiés, et l’intérêt ou non de transformer les céréales en biocarburant. Puis, nous avons vécu septembre et la crise financière, qui allait devenir, deux mois plus tard, la profonde crise économique que nous avons connue.

Les nouvelles crises gomment les anciennes, ne serait-ce que parce que l’inflation est retombée comme un soufflé et que les prix des matières premières alimentaires se sont effondrés. L’impression est alors née que la vie – et l’alimentation – était devenue particulièrement bon marché. Ce n’est cependant vrai qu’à moitié. Le consommateur n’a pu remarquer réellement le repli des prix des matières premières qu’à l’été 2009. Les prix des produits alimentaires non transformés (surtout légumes et fruits) ont baissé de seulement 2% alors que les produits transformés ont vu leur prix augmenter d’un pour cent.

Lait

Le lait a vu son pris augmenter de près de 10%, conséquence directe d’un accord avec le boerenbond, le Syndicat général des Agriculteurs et Fedis (la fédération des grands distributeurs). Sous la pression du public, les membres de Fedis ont promis que jusqu’à la fin 2009, ils reverseraient 14 cent par litre de lait vendu aux éleveurs de vaches laitières. Cette somme a finalement été répercuté totalement au consommateur.

La crise laitière a incité la Commission européenne à réfléchir pour la première fois sur le principe de formation de prix dans la chaîne alimentaire. Selon la Commission, il est intolérable que les prix en magasins aient continué à augmenter en 2008 alors que les prix des matières premières étaient en baisse depuis plusieurs mois. A la fin de l’an dernier, des mesures ont donc été annoncées, qui doivent limiter le pouvoir d’achat des grands distributeurs et producteurs alimentaires.

Contrats standard

Avec les nouveaux contrats standard, l’Europe entend mettre fin aux conventions par lesquelles les producteurs se lient de manière exclusive à un fournisseur en échange de la promesse d’acheter la totalité de la production. Dans le secteur alimentaire, ce type de contrats d’exclusivité est souvent utilisé. En soi, ceux-ci n’ont rien d’illégal, cependant ils invitent l’agriculteur à doper sa production alors que le fournisseur tente de comprimer le prix dans la mesure du possible. Conséquence: surproduction et prix de marché inacceptable, qui ont provoqué l’ire des agriculteurs.

Notons que le consommateur peut consulter le moniteur mensuel, répertoriant les fluctuations de prix de quinze produits comme le lait, le fromage et la viande de porc. Ce moniteur est publié par Eurostat depuis octobre 2009. Il en ressort notamment que quatre mois se sont écoulés avant que le repli des cours des céréales se ressente au niveau du prix imposé par les producteurs dans la distribution. Et qu’il a ensuite fallu une année pour que le consommateur le remarque dans les rayons. Inversément, les augmentations de prix se font sentir nettement plus rapidement en magasin, pourtant…

Breakfast commodities

Il n’est dès lors pas excessif d’affirmer que les prix alimentaires sont appelés à augmenter au cours des prochains mois. La crise a seulement lissé le niveau record des cours des matières premières. Le riz a beau être moitié moins cher, il est toujours deux fois plus cher qu’en 2006. Les "breakfast commodities" (sucre, cacao et café) ont atteint l’an dernier leur plus haut niveau en trente ans.

Chez Carrefour, la porte-parole Julie Stordiau ne souhaite pas dépendre trop largement des tendances. "Les prix de l’alimentation sont négociés par fois et par produit. Ils dépendent strictement de l’offre et de la demande, même si nous faisons en sorte d’obtenir toujours les meilleurs prix pour nos clients. Cette stratégie concentrée sur le prix, avec des marques nationales et maison, a été accentuée l’an dernier, et nous entendons bien poursuivre dans cette voie." Elle ne dément cependant pas que les hausses des cours des matières premières (ou les coûts imprévus comme les fameux 14 cent sur le prix du lait) sont répercutées sur le consommateur. "Les marges dans la distribution sont extrêmement ténues. Et dans la mesure où nous ne pouvons pas vendre à perte, nous devons tenir compte des sensibles augmentations de prix dans nos prix affichés."

Asie

On ne doutera pas que de nouvelles hausses de prix se préparent, donc. Reste à savoir à quelle vitesse elles seront appliquées. Ceci dépend, selon le FMI, du redressement de l’économie mondiale. L’Asie, où l’Inde table sur une croissance de 7,5% et la Chine de 9%, peut jouer un rôle essentiel à cet égard. L’un des moteurs structurels de la précédente crise alimentaires fut en effet la hausse de la demande en provenance des marchés émergents asiatiques. D’autres facteurs tels que le manque d’investissements dans les capacités supplémentaires et les superficies agraires limitées sont toujours en présence.

Ce sera néanmoins le cours du pétrole qui déterminera si notre paquet de pâtes coûtera à nouveau beaucoup plus cher dans quelque temps. Depuis que les matières premières exclusivement alimentaires servent désormais également à la fabrication de biocarburant (sept ans environ), ces deux paramètres sont étroitement liés. Désormais, la demande du marché énergétique comme celle du secteur alimentaire peut peser sur une offre relativement vulnérable et sensible à la météo. Par ailleurs, cette combinaison pourrait nous amener d’une crise énergétique  à la prochaine crise alimentaire.

WDB - 16:41 - 12/01/2010 Copyright © monargent.be

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