samedi 31 juillet 2010 20:21 NL

Le compte d’épargne: le mal aimé

EPARGNER

Jamais le livret d'épargne n'aura autant attiré l'épargnant. 165 milliards d'euros sont hébergés sur les 17,6 millions de comptes ouverts par les épargnants belges? Il y a pourtant un tas de raisons qui aujourd'hui rendent le livret d'épargne particulièrement inintéressant.

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(mon argent) -  Pourquoi le livret d’épargne attire-t-il autant ? En moins d’un an, plus de 25 milliards d’euros supplémentaires ont atterri sur les comptes de dépôts des banques. Cette progression de plus de 15% en 7 mois s’explique-t-elle seulement par l’aversion au risque encore palpable sur les marchés ? « Le contexte de crise amène les clients à envisager des lendemains difficiles et à injecter davantage d’argent dans des produits ultra-défensifs, qu’ils connaissent bien. Le compte d’épargne est de ceux-là », concède Thierry Martiny, porte-parole de Dexia. Mais d’autres raisons expliquent l’engouement actuel pour le « livret » : sa liquidité, son statut de compte d’attente (en attendant des opportunités en Bourse) et le fait « que les pécules de vacances, récemment versés dans nombre d’entreprises sont souvent thésaurisés », poursuit le porte-parole.

Pourtant, aujourd’hui, les raisons ne manquent pas de délaisser, ne serait-ce que partiellement, le compte d’épargne.

1. Rarement les taux auront été aussi faibles

Logique : pour éteindre le feu d’une grande dépression, les banques centrales, de par le monde, ont mis la pression sur leurs taux directeurs (à court terme). Voilà pourquoi le taux de la Banque Centrale Européenne (BCE) végète à 1% depuis quelques mois. Aux Etats-Unis, le principal taux avoisine… 0% depuis l’automne de l’an dernier déjà. En pareil contexte, il ne faut pas s’attendre à des rémunérations folichonnes sur les livrets d’épargne. Depuis le début de l’année, les banques belges révisent du reste à tout de bras leurs tarifs à la baisse. Seuls quelques comptes peuvent encore se targuer d’afficher des taux nets globaux supérieurs à 2%. Ce n’est pas Byzance. « Pourtant, certains comptes Internet affichent des conditions autrement plus séduisantes », rétorque Thierry Martiny, porte-parole de Dexia. Ce n’est pas faux. Mais la très grande majorité des épargnants possèdent des comptes traditionnels peu rémunérés actuellement…

2. Les promotions ont vécu

En juin 2008, en pleine crise de confiance envers le secteur bancaire, des actions promotionnelles en tout genre se sont multipliées pour attirer à nouveau le chaland. Les comptes Internet en ont alors séduit plus d’un. Attirer de l’argent frais pour renflouer les caisses, voilà un objectif devenu moins prégnant aujourd’hui. Et pour cause : les épargnants injectent eux-mêmes d’importantes sommes sur leurs comptes de dépôts. D’après la Banque nationale (BNB), le taux d’épargne des ménages (pourcentage de leurs revenus disponibles annuels consacré à l’épargne) devrait d’ailleurs grimper à 15% en 2009, contre 12,7% en 2008. De l’épargne de précaution en temps de crise, expliquent les experts. Résultat: cette inclination naturelle à épargner n’incite pas les banques à promouvoir plus qu’il n’en faut leurs produits, ce qui les rend forcément moins intéressants.

3. Le différentiel de taux plaide en faveur des taux à moyen terme

l y a un an, la différence entre les taux à court terme (3 mois) et les taux à moyen et long termes (5-10 ans) était nulle ! C’est d’ailleurs l’une des raisons qui explique le regain d’intérêt pour le livret dès l’an dernier (outre les campagnes promotionnelles). Aujourd’hui, le différentiel de taux est loin d’être nul. Il a même substantiellement grimpé. Tant et si bien que les produits d’épargne à moyen terme affichent des taux de 2 à 2,5% supérieurs actuellement à ceux offerts par les comptes d’épargne. Les taux à trois mois point à 1,25% tandis que les taux à 5 ans sont proches des 4%. Et qu’on ne s’y trompe pas: les seules campagnes promotionnelles des banques aujourd’hui ont trait à des bons de caisse ou comptes à terme à des échéances de 4 à 6 ans. 

4. Le regain d’inflation attendu va d’abord éroder la valeur des avoirs déposés sur les produits d’épargne les plus liquides.

Entendez le compte d’épargne. Après avoir atteint un pic de près de 6% à la mi-2008, dans la foulée de la flambée des cours pétroliers (jusqu’à 147 USD le baril), l’inflation a brusquement fait marche arrière. A tel point qu’aujourd’hui, il est plutôt question, de déflation (baisse des prix) que de désinflation (ralentissement de la hausse des prix). Le Bureau du Plan, jusqu’à présent, table sur de la déflation durant 5 mois, jusqu’en octobre. Sauf si… les cours pétroliers modifient cette donne. Depuis début mars, les cours pétroliers ont plus que doublé, passant de 35 à 70 dollars aujourd’hui. Et la plupart des experts tablent sur une poursuite de la hausse -vers 85 USD-, en anticipation d’un regain d’activité économique à la fin 2009-début 2010. Si l’inflation resurgit, les placements les plus liquides seront plus rapidement et plus lourdement touchés par l’érosion naturelle de leur valeur.

«Cependant, tient à ajouter Thierry Martiny, nombre d’épargnants n’injectent pas seulement de l’argent sur leurs comptes d’épargne. Parallèlement, ils placent davantage leurs deniers dans des produits à échéances moyennes. La durée de trois ans, chez nous, est d’ailleurs la plus prisée actuellement en matière d’épargne», conclut le porte-parole de Dexia.

FM - 16:10 - 12/06/2009 Copyright © monargent.be

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